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52 PEINTRES 52 COULEURS

 

Si l'on parle d'un enfant unique fou, fou, fou, fou, insupportable, excité, nerveux et tout ce qui s'en suit, on pourrait dire de lui: c'est un Gilles Séguin. Pourtant ses parents...

« Mon père était médecin, son père était médecin, son frère était médecin. Ma mère faisait de la musique, elle chantait aussi, oui, mais pas professionnellement. L'école? J'ai douze années de scolarité, j'ai fait douze institutions. . . ça peut te donner une idée. Oh! oui, j'étais désobéissant, turbulent, il n'y a rien qui m'intéressait sauf... dessiner, je dessinais tout le temps. Ça me rappelle une bonne femme qui s'appelait Alma Leblond. Elle avait une maison de chambre en face de l'École des BeauxArts puis elle louait des chambres aux étudiants des Beaux Arts. C'est elle qui était ma gardienne&emdash;j'avais dix ans&emdash;puis, chez elle... je dessinais, alors un jour elle s'est attardée sur un de mes dessins en disant: «Mon Dieu! c'est bien beau ce que tu fais là. » C'est ça qui m'a donné le coup d'envoi. La façon qu'elle m'a parlé, elle m'a ensuite fait visiter les chambres des artistes des dessins, y en avait partout, sur les murs, au plafond, partout quoi! À l'école? J'étais dissipé, attentif à rien, je ne voulais rien savoir, je n'écoutais personne. J'ai la tête dure, dure, dure. On me change d'école, rien à faire.

Des orienteurs, j'en ai vus. J'étais solitaire mais pas méchant du tout, je ne voulais pas rentrer dans le cadre, c'est tout. Oh! on voulait faire de moi un médecin mais je ne supportais pas de voir la souffrance et mon père... avait son cabinet à la maison, alors?»

A l'âge de quinze ans, il participe au concours d'admission de l'École des BeauxArts et il est admis. Il étonne d'ailleurs un professeur de sculpture (Patricia Nolin) par la qualité de son modelage. Hélas! la disparition de son père, six mois plus tard, l'empêche de terminer sa première année. Il se dirige ensuite en dessin commercial à l'Université Sir George Williams pour enfin obtenir un emploi stable comme dessinateur à Radio-Canada, au bureau d'architecture.

Mon caractère à ce moment-là ? capoté ben raide, les « sports cars », les fusils, oh! fou, fou... j'veux rien savoir... « angry young men, » mais RadioCanada m'a vraiment formé, j'ai beaucoup aimé ça; ça m'a discipliné au dessin car avant ça je dessinais beaucoup mais j'étais éparpillé et là, j'ai appris plein de choses. À l'avènement de la télévision, il est engagé au département de la scénographie. Enfin, son caractère intolérant se calme, il semble satisfait, voire heureux. Il y restera jusqu'en 1965, soit une dizaine d'années.

« À ce moment-là, je faisais aussi de la peinture assez sérieusement et i'avais de bonnes critiques dans la presse; j'avais même fait une exposition, réussie. . . Mais la vie m'a joué un tour: j'ai eu un accident d'automobile et un morccau de verre m'est entré dans l'¦il, j'ai perdu un ¦il. J'avais trente ans. Comme je ne pouvais plus être le meilleur, j'ai tout arrêté, j'ai tout quitté et je suis parti... en Espagne. Un ami ( Pedro Rubio) m'avait tellement parlé de l'Espagne. Je suis resté quatre ans à Malaga. Je crois que j'essayais de me trouver. Puis j'ai acheté une petite maison de pêcheur à Los Boliches, il n'y avait presque pas de touriste et j'en ai fait un magasin de matériel d'artiste. J'avais acheté un énorme «stock» de marchandise à Barcelone. Oui! ça a bien marché, sauf qu'on ne mettait pas d'argent dans la caisse, on achetait trop de matériel. Finalement, ca a tombé à l'eau. » Il lancera un nouveau commerce avec un ami mais ce dernier le laisse tomber alors que les affaires sont florissantes.

Éc¦uré, il vend ses affaires et s'installe dans une villa à Mijas où il recommence à peindre. «...quand tu perds un ¦il, tu n'as plus la perception des distances. Puis, je n'étais pas en contact avec ce qui se faisait à Montréal ou à New-York en peinture. Avec mon seul ¦il et mes deux seules dimensions, j'avais bien de la misère; pourtant, j'ai découvert quelque chose de formidable au sujet de l'optique et je l'ai mis en pratique et depuis, je n'ai cessé de peindre, de faire de l'illustration et de voyager dans tous les coins du monde.

Il me faut rappeller qu'entre-temps Gilles fut concepteur de la première centaine d'émissions de Radio-Québec et premier coopérant responsable du premier programme, côté scénographique, de la télévision en Afrique ( Côte d'Ivoire ). La place me manque encore ici pour dire la vie de Gilles Séguin telle qu'il me tarde de la dire avec les détails (que de voyages!). Un fameux bonhomme, gentil à souhait, à l'écoute des suggestions et bourré d'expériences déjà gravées dans le visage.

Louis Bruens


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