Si Contant, son voisin d'exposition chez Gemst, se dirige vers la peinture contemplative où les espaces à arcs, à voûtes, aux teintes rares, sont comme posés de toute éternité, Séguin, lui, plus jeune fait voir un art vigoureux d'une stimulante agitation. Il présente trois séries de travaux, différentes quant au médium, réunies par un même souci, celui d'une plastique particulière dont le "credo" est le geste énergique!
En effet, ses dessins, d'un vigoureux figuratif, ses gouaches, aux pâtes écrasées, ses aquarelles, aux contrastes appuyés, révèlent aux yeux du visiteur un commun dénominateur Séguin ne peint pas, il écrase, il coupe, il hache, il proteste ! Ses aquarelles sont d'un graphisme orientalisant quant à la matière, très américain de manière. Calligraphie stoïque, dépouillée. Simples gestes essentiels avec un choix minimum de tons. Les Nos 2 et 25 sont les plus brillants exemples de cette première série. Ces jeux dans l'espace sont issus directement des dessins figuratifs on y voit la même sobriété, là même vigueur de trait, la même virilité,agressive. Les dessins 16 et 10 indiquent bien le passage, la fusion des deux genres en question.
Les gouaches de Séguin s'accordent parfaitement à ses autres travaux. Même violence dans l'application, les couleurs sont écrasées, passées comme au «rouleau à vapeur». Larges sillons qui se coupent et se recoupent, jouant d'effets surimprimés, ces gouaches multiplient parfois les plans jusqu'à l'infini. Il y a là moins de décision, plus de hasard "automatiste". Ce bonheur d'exécution a donné ce no 20 qui est parmi les quelques tableaux les plus fastueux vus depuis le début de la saison. Cette technique de l'aplatissement total apporte des visions d'une richesse inouïe: voir les nos 3, 17, 23. Le no 20 rend un son d'une appartenance authentique au pays. On y voit les beaux effets du givre, du frimas, en des blancs somptueux sur des conifères emmêlés baignant dans un monde de fins cristaux! Le no 21 aussi semble un palais au parois de glace, aux miroitements féeriques.
Séguin a produit aussi une poésie de terre. Les nos 17 et 23 sont d'aspect curieux: sels de grès, ardoises vieilles,visions matérialistes, physiques, cherchant la poésie non plus, aux nuages des romantiques classiques mais, au contraire, le nez collé au sol ! Les mains palpant ce monde concret, végétal et minéral. Démarche bien contemporaine.
Pour terminer, quelques mots sur ses dessins, excellents d'exécution, d'un modernisme désormais assez répandu (voir les meilleures illustrations des magazines actuels). On retrouve le Séguin de la violence exacerbée, ou bien celui du platonisme, attitudes patientes qui inquiètent. Le no 7 prouve la bonne formation scolaire, le no 8, ce sens aigu du "dramatique", les nos 5 et 6, le goût des perspectives inusitées, le no 12, plus particulièrement, la mise en scène audacieuse. Mais les nos 10 et 16 intéressent davantage, ils sont les résultats, la synthèse du cheminement &emdash; figuratif-non-figuratif &emdash;du jeune peintre. Cette dernière série témoigne de façon éclatante en faveur du talent de l'illustrateur de haute qualité plastique. Enfin, voilà un nouveau venu riche de dons, au langage plastique incisif, d'une virilité qu'il fait plaisir à saluer au milieu de trop d'exemples pâles et timides.
Claude Jasmin
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