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92 TRANSPARENCES

 

Les questions et les réponses...

Q: Quel facteur déterminant vous a incité à peindre?

R: J'ai toujours dessiné, crayonné, barbouillé. Parallèlement à ma profession de concepteur visuel à Radio-Canada, à Radio-Québec et comme pigiste, je faisais toujours de la peinture, mais surtout de l'aquarelle, de l'encre, et des médiums divers sur papier. J'ai exposé régulièrement depuis 1962, en Amérique comme en Europe. Depuis 1987, je me consacre uniquement à ma peinture et j'en retire une énorme satisfaction.

 

Q: Quelqu'un dans votre vie a-t-il tenté de vous dissuader d'embrasser la profession d'artiste peintre?

R: Ce qui me dissuade, ce sont les rouages du «marché de l'art» et la demande spécifique des sujets.

 

Q: Si l'aquarelle (ou le pastel) est votre médium préféré, pourquoi?

R: L'aquarelle, l'écoline, les ¦uvres sur papier, c'est la spontanéité, le geste, la transparence, Ce sont des médiums intimistes avec lesquels je m'amuse beaucoup. Il y a toujours la surprise d'un effet, d'un hasard. Il y a quelque chose de magique, surtout avec l'écoline.

 

Q: Avez-vous un Ð hobby ð et lequel?

R: Mon « hobby » est en fait un sport, malgré que je le pratique surtout pour me détendre: la plongée sous-marine. Je suis un amateur de faune et de flore et lorsque j'ai découvert les paysages de l'univers sous-marin, ça a été pour moi une révélation.

 

Q: De toutesles grandes questions humaines, quelle est celle qui vous préoccupe le plus et pourquoi?

R: Manger, chier, dormir. Je répéte cette phrase depuis toujours. Je fus très surpris, en regardant à la télé un interview lors d'un vernissage de Riopelle, à Paris, et de l'entendre dire exactement la même chose. Pour moi, manger c'est clair, chier ca veut dire la santé, et dormir tout le monde a compris.

 

Q: Si vous étiez nommé premier ministre demain, quels seraient les trois principaux gestes que vous poseriez?

R: Je ne pense pas qu'un premier ministre puisse changer grand chose. Mais je ferais manger et dormir tout mon monde avant de penser à protéger mes pauvres à coups de sous-marin nucléaires. Bref, je n'ai aucune envie de devenir premier ministre.

 

Q: Quel est à votre avis le principal signe de l'intelligence?

R: Je n'ai pas compris la question?

 

Q: Quelle musique préférez-vous et qui comme compositeur?

R: Le jazz, le classique, la musique de l'Espagne, du Brésil, les rythmes africains, Mingus, Mozart, Sati, Manitas, Léo Ferré, Jacques Brel, en somme toute bonne musique, à la condition qu'elle ne soit pas branchée sur le 110 volts.

 

Q: Quel est votre genre de lecture préféré?

R: Je manque sûrement beaucoup de choses, mais suis incapable de m'asseoir et de lire. Je consulte pourtant beaucoup d'ouvrages techniques. J'ai cependant deux livres de chevet: Le I Ching (Confucius) et Les Carnets de Leanardo Da Vinci, que je relis rituellement et quotidiennement.

 

Q: En rapport avec la peinture ou l'art en général, vous est-il arrivé une aventure, anecdote cocasse ou triste?

R: J'avais rêvé pendant plusieurs années de rentrer à l'Ecole des Beaux-Arts et d'enfin pouvoir dessiner en toute liberté, pour m'évader de la dissertation et du verbiage. Mais voilà que dès le premier cours, le premier professeur nous souhaite la bienvenue, se présente, et nous demande: «Le premier art, c'est quoi?» Grand silence... Puis il enchaîne: «Le premier art, c'est le verbe. » Je croyais vraiment m'être trompé d'école.

Ma plus belle aventure se produisit quinze ans plus tard, en Espagne, alors que je visitais les grottes de Nerja. Ces grottes étaient immenses et bien éclairées par un savant jeu de lumières. Il y avait bien quelques dessins sur les parois mais ce n'est qu'une fois revenu chez moi, bien installé devant mon feu de foyer, où des formes étranges crépitaient sur les aspérités des parois, que je me sentis du coup transporté au temps des cavernes. J'étais là, installé à côté du feu, et sur les parois apparaissaient tout sortes d'images étranges. Et parmi celles-ci, je distinguais bien la forme quasi parfaite de l'animal que je traquais à chaque jour pour me nourrir. Puis mon voisin eut la géniale idée de tirer un tison du feu pour en contourner la forme... Le lendemain, les enfants tapaient des mains et criaient devant l'image qui était bien là pour tout le monde. Depuis, on n'a pas arrêté de cerner les images.

Je me permets ici de citer un extrait du «Trattato della Pintura» de Leonardo da Vinci, librairie du Vatican (Codex Urbinas 1270), publié à Vienne par H. Ludwig.

Regardez les murs souillés par plusieurs taches, ou les pierres multicolores. Si vous devez inventer une scène, vous pouvez y voir plusieurs ressemblances avec de nombreux paysages, ornés de montagnes, rivières, rochers, arbres, grandes plaines, monts et vallées. Vous pouvez aussi y voir des combats divers et des postures vivantes, d'étranges personnages, des expressions sur les visages, des costumes et un nombre infini de choses que vous pouvez intégrer dans une forme concrète. Ceci se produit sur les murs et sur les pierres multicolores qui agissent comme le son des cloches au travers desquelles vous pouvez entendre tous les mots et paroles imaginables. Ne dédaignez pas mes propos lorsque je vous rappelle qu'il ne devrait pas être difficile pour vous de vous arrêter parfois et d'observer les taches d'un mur, ou les cendres d'un feu, ou les nuages, la boue, ou des endroits similaires dans lesquels, si vous observez vraiment, vous pouvez trouver des idées merveilleuses.

Extrait du livre 92 TRANSPARENCES de Louis Bruens


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